Hommage à une amie

Joviale et souriante, à la sortie de l’école, vers moi tu vins,

me devinant nouvelle dans cette contrée,

où tu le fus aussi un an plus tôt à peine.

De tes enfants plus grands, tu racontais les progrès

pour se faire un métier dans cette société,

où les places sont chères.

De la plus jeune, attendrie, tu décrivais le caractère,

déjà bien trempé.

De tous enfin, maman comblée, on te sentait si fière.

Quittant l’est français, avec ton époux, vous vous êtes installés

dans une jolie maison de la région nantaise.

Indépendante et innovante, tu lanças ton produit,

conquis ton marché, soulevas les montagnes de la bureaucratie,

pour le bien des petits.

Ironie du sort, cruelle destinée ou intuition profonde ?

De l’impureté tu te méfiais, nettoyant toujours tout

jusqu’à l’insasiété.

Les chaussons pour bébés que tu avais créés

se devaient d’être parfaits, cousus de bio

jusqu’au moindre détail.

Rien dans ta vie n’était laissé au hasard…tu contrôlais.

Mais il était déjà trop tard.

Insidieusement s’étaient engouffrées dans les bronches confiantes et innocentes

de ton adolescence,

les poussières étouffantes, les poussières

d’amiante.

Lentement, des années durant, le poison déposé en ton sein par des décideurs

à la vision trop courte,

s’insinua sournoisement dans ta vie, la rognant peu à peu.

Quand enfin sur tes maux il apposa son nom infâme, nul docteur ne fut en mesure

de t’apporter l’ombre d’une solution…jusqu’à ta disparition.

Décideurs d’aujourd’hui, quelques deniers économisés valent-ils vraiment

la vie de vos administrés et de leurs familles amputées ?

Y en aura-t-il enfin, qui oseront regarder plus loin

que le bout de leur…mandat ?